L’EQUIPEMENT D'INFIRMIER WWI
2e partie

WWI EM'S MEDICAL EQUIPMENT

PART 2

UPDATE 28/02/06

 

Infirmiers sur le front, noter les sacs M1912 de cavalerie, et le ceinturon sur l’infirmier du milieu

 

La doctrine qui prédomine depuis le début du siècle en matière d’équipement préconise l’élimination de toutes les courroies qui oppressent la poitrine et répartissent mal la charge sur les épaules. C’est sur cette base, qu'à partir de 1914, l’équipement d’infirmier est entièrement repensé. Le ceinturon devient la base de l’équipement comme pour l’infanterie, le reste se répartissant sur ce dernier, formant ainsi un seul ensemble.

Le sac M1910 de l’infanterie se révèle inutilisable du fait de la conception du ceinturon, car celui-ci ne permet pas l’usage du pack carrier. C’est donc le sac M1912 de la cavalerie qui est adopté, sans modification. Les effets se trouvant habituellement dans le pack carrier sont réunis en un rouleau, placé en fer à cheval sur le sac.


Le ceinturon d’infirmier « Hospital Corps Belt »


Ce ceinturon constitue la base du nouvel équipement, il apparaît en 1914. La conception du ceinturon médical s'inspire fortement de celle du "Cartridge belt M 1903" dont il conserve l'aspect général hormis le nombre (10 au lieu de 9) et la forme des poches, beaucoup plus grandes.

Le ceinturon est entièrement réalisé en web, les poches et la base du ceinturon étant tissées d'une seule pièce.Les boutons-pression sont du modèle avec l'aigle américain. Les œillets du bas sont ovales, et peuvent recevoir deux extrémités de crochets et ainsi multiplier les possibilités de placement des charges en son pourtour.


Les 9 poches ne sont pas identiques : celles des extrémités sont légèrement plus petites et comportent une séparation intérieure, sous forme d’une poche sur la face interne de la paroi extérieure.Les rabats sont en pointe, et les poches des extrémités comportent une sangle intérieure avec une pression identique aux sangles intérieures des ceinturons cartouchières.
En 1917, les pressions sont remplacées par des "Lift-The-Dot".

 

Ceinturon Mills avec les poches tissées d’une seule pièce avec le fond

 


A l’entrée en guerre, pour équiper rapidement le Corps expéditionnaire, les spécifications des équipements sont modifiées afin de faciliter la production en masse. De la grosse toile (Cotton duck), dont les éléments sont cousus, est substituée à l'ensemble tissé en web du modèle précédent. Les sangles internes sont supprimées et en 1918, afin de simplifier encore la production les œillets ovales sont remplacés par des modèles ronds comme ceux du reste du ceinturon.

Ceinturon infirmier "Mills" de mars 1918, l’architecture est celle du ceinturon cartouchière M1903.

 

Le même ceinturon en détail, noter les oeillets ovales et les 2 poches des extrémités, d’une taille plus petite.

Au cours de l'été 1918, la société "Mills" va produire une série de ceinturons avec des boutons-pression de l’ancien modèle portant l’aigle américain. (Modèle après 1914 avec bourrelet). Visiblement, "Mills" a écoulé un vieux stock, soit par pénurie, soit profitant du fait que l’armée était moins regardante quant au respect des cahiers des charges.

 

 

Ceinturon Mills avec boutons-pression ancien modèle et œillets ronds


On retrouve des articles "Mills" de la même période, avec les mêmes boutons, ou réalisés avec des coupons de toile verte.

La confection est aussi confiée à la société "R.H.LONG". La fabrication s’en distingue par les rabats des poches en toile plus fine et ourlés, et l’absence de numéro de patente sur les parties métalliques de réglages.


 

 

Fabrication Long 6-18, les rabats sont en toile légère et ourlés

 

Le contenu des 10 poches.


Poche n° 1


- Compartiment avant : une douzaine d'épingles de sûreté en acier galvanisé. (pins, safety)

Détail du compartiment des 1ére et 10e poches, et exemple de carton d’épingles

- Compartiment arrière :

- Un garrot de campagne (field tourniquet)

 

- Une bobine de sparadrap (Plaster, adhesive, Z.O.)

La bobine de sparadrap est en fer blanc, et est placée dans une boite de carton. Le sparadrap est large d’ 1 inch et long de 5 yards


Poche n° 2 :


-
2 boîtes en carton contenant chacune 6 badigeons d'iodine (iodine swabs).

Poche n° 3 :


2 paquets contenant chacun 2 compresses de gaze au sublimé (1/2 yard) (Gauze, sublimated)

Un des modèles de compresses


Poches n° 4 à 8 :


Chaque poche contient 2 "Individual Dressing Packets".

Un des modèles de pansement, de nombreux fabricants existent


Poche n° 9 :
6 paquets contenant chacun une bandelette en gaze comprimée (Bandage, gauze, compressed).
Cinq paquets se placent perpendiculairement à la base du ceinturon alors que le sixième se place parallèlement dans l'espace encore disponible.

 


Poche n° 10 :
- Compartiment avant :
1 carton d'épingles droites (Pins, cormmon).


- Compartiment arrière :
1 flacon en verre, il contient de l'esprit aromatique d'ammoniaque. (Spiritus ammoniae aromaticus flask)

Le flacon possède un bouchon en caoutchouc protégé, par un autre bouchon en métal

 


Pouch for diagnosis tags and instruments (portée sous la poche N°10)

La rallonge « Extension Hanger »

Une dernière pièce complète l’ensemble : il s’agit d’une rallonge pour le port de la gourde.
En effet, les pochettes du ceinturon étant trés grandes, elles gênent le bon positionnement de la gourde et la rallonge supprime ce problème.La gourde est du modèle standard

 

Rallonge prète à recevoir la gourde


La hachette

A l’entrée en guerre, il est décidé de remplacer la machette « Hospital Corps knife » par la hache de l’infanterie. Plus rapide et moins coûteuse à produire, elle permet de rendre les mêmes services que la machette.
Le règlement autorise la réduction de la longueur du manche, ceci afin de limiter l’encombrement notamment pour les personnels montés.

L’infirmier de droite illustre le port de la hache avec l’équipement d’infirmier


Le sac de cavalerie M1912 « Ration bags »

Ce sac a été étudié lors de la série d’expérimentation d’effets de cavalerie en 1912 et 1914.Il se compose de deux compartiments pouvant être séparés afin de servir de fontes de selle.

Ration Bags M1912


Port des Ration bags avec fer à cheval et illustration tirée de la description officielle


A noter que l’infirmier transporte également son propre pansement individuel dans une pochette à pansement M1910, placée sous la poche n°1


Conclusion

Le ceinturon et son contenu se révèleront inadaptés à un conflit moderne. Les infirmiers devront emporter notamment en plus des pansements et bandages :
- des attelles, afin d’immobiliser au plus vite les fractures avant toute tentative de déplacement, ceci afin d’éviter des lésions supplémentaires.
- des pansements grands formats. En effets, les blessures de grandes tailles, dues notamment aux éclats d’obus, sont nombreuses et nécessitent un pansement adapté.
- des ampoules auto-injectables de morphine, dont l’usage se répand à cette époque.

Les nouveaux bandages et les attelles peuvent donc être transportés dans des sacs et musettes de toute provenance : sacs d’infirmier ancien modèle, musettes françaises, musettes de masque à gaz, brotbeutel, etc.
Ces constatations conduiront à adopter l’équipement d’infirmier en service durant la 2e GM, s’articulant autour de deux grands sacs.

Autre modification, la hache se révèle vite d’une utilité douteuse, son remplacement par la pelle ou la pioche étant préconisé. Ces dernières rendant plus de service, notamment pour l’édification de Foxhole

Le besoin d’eau pour les blessés se révèle rapidement problématique, que ce soit pour nettoyer les blessures ou surtout pour étancher la soif des blessés, aggravée par l’état de choc.
Une deuxième gourde sera ainsi couramment emportée par les infirmiers, le modèle français étant préféré vu sa plus grande capacité (les infirmiers ne seront d’ailleurs pas les seuls à s’équiper de cette gourde).

Les autres critiques concernent le sac à dos M1912, il est jugé peu pratique, et il est préconisé de le remplacer par celui de l’infanterie. Ce dernier peut s’adapter à condition de ne pas utiliser le pack carrier, et de lui préférer le rouleau en fer à cheval sur le sac. (L’utilisation du pack carrier est d’ailleurs aussi critiquée dans l’infanterie où il n’est pas rare de voir apparaître la disposition en fer à cheval.)

 

 

Bibliographie :

- "Manual for the medical departmen"t.1916, corrected 1918. Washington Government printing office
- "The Medical Department of the United States Army in the world war". 1925, Washington Government printing office

Article : Philippe Moscatto