LE HAVRESACK M1910

M1910 HAVERSACK

Fantassins de l’US Army débarquant en France en juin 1917, ils sont dotés du "Havresack M1910" , on distingue clairement la pochette à gamelle de forme arrondie. (carte postale)

 

Havresack M1910 de fabrication avant 1914 (sans le pack carrier), à noter la couleur verte et la forme de la pochette à gamelle.

 

Le principe de base du sac M1910 reste le même que sur la plupart des sacs adoptés par l'ensemble des armées européennes : le sac s’ouvre par l’avant et les effets sont recouverts par deux rabats latéraux.
Pour pallier à l’absence de cadre régidifiant l’ensemble; un rabat intérieur remonte sur l’avant du sac et un système de sangle le rend solidaire aux rabats latéraux.

Le rabat extérieur, légèrement plus large recouvre l’ensemble du sac. L’absence de cadre intérieur nécessite un placement rigoureux des éléments composant la charge afin d'obtenir un volume régulier.

Les bretelles dont la forme est en fuseau, sont fabriquées en toile ourlée. Elles sont munies à leurs extrémités de mousquetons venant se fixer à des anneaux prévus à cet usage. Il y a trois positionspour ces anneaux : une série à la base du sac, et deux séries sur le "pack carrier", permettant ainsi une plus grande latitude de réglages.
A noter, que les premiers anneaux sont fixés sur le rabat intérieur et ils passent par les fentes de maintien du "pack carrier" (quand celui-ci n’est pas fixé).

Le sac peut être porté sans le ceinturon, mais cette configuration ne présente aucune utilité, et n’est jamais observée.

Montage réglementaire du sac sur le ceinturon. Le points d’ancrage dorsal et les deux des contre-sangles de poitrine sont dotés de crochet alors que le reste des bretelles possédent des mousquetons.

 

Vue des bretelles et de leur forme en fuseau.

 

Méthode d’attache des bretelles sur le sac.

 

Détail des sangles et de la bouclerie, on note le crochet sur la contre-sangle des bretelles.

Toutes les sangles sont munies d’un système de réglages composé d’une boucle attenante à une patte en laiton, rivetée à l’extrémité de la sangle.

Sur le rabat du sac, une patelette de toile est cousue. Celle-ci est dotée de deux œillets destinés à recevoir le crochet M1910 de l'outil individuel. L’outil passe alors sous la pochette à gamelle afin de ne pas en gêner l’accès.

 

Détail de la patelette permettant de fixer l’outil individuel sur le sac.

 

Deux autres œillets sont fixés sur le haut gauche du rabat. Ils reçoivent le crochet M1910 de la baïonnette, qui se place ainsi le long du sac. Une sangle disposée en bas du sac empéche le ballotement du fourreau.

 

Montage de la baïonnette sur le coté du sac.

Une pochette séparée fixée sur le rabat extérieur du sac, accueille la gamelle et les couverts. Cela permet un accès aisé sans ouvrir le sac. (les repas sont en principe préparés au niveau de la compagnie, les rations étant utilisées uniquement par défaut).

La pochette à gamelle est de forme arrondie suivant ainsi les contour de la gamelle qu’elle contient. Assemblée en 3 pièces de tissus, elle ne comporte à cette époque aucuns aménagement intérieur. Les couverts sont contenus dans la gamelle.
La pochette se ferme par un bouton de cuivre riveté. Certains exemplaires probablement de fabrication précoce ont reçu un bouton pression identique à ceux des gourdes M1910 (élément mâle armorié et élément femelle de type "Lift-The-Dot").

 

Variante de pochette à gamelle dotée d’un bouton pression "aigle", sans rebord.

 

Deux séries d’œillet pratiquées aux dos de la pochette, et accompagnés de lacets en cuir permettent la liaison avec le sac.

Vue du système de laçage de la pochette à gamelle sur le rabat du sac.

Le "pack carrier" dont la forme s'apparente à un triangle tronqué posséde en sa partie basse deux oreilles possédant chacune un anneau en demi-lune. Cet anneau est destiné à recevoir le crochet placéà l’extrémité de la bretelles de suspension. Deux sangles cousues sur le "pack carrier" viennent enserrer et maintenir la toile de tente roulée.

La jonction du "pack carrier" avec le sac se fait à l'aide d’un sanglon de cuir, passant dans des fentes aménagées sur son pourtour ainsi que sur la partie basse du sac.
Ce sanglon est maintenu au "pack carrier" par l’intermédiaire d’une sangle en cotton, évitant sa perte lorsque le "pack carrier" et son contenu sont déposés.

"Pack carrier" démonté avec son sanglon servant à la jonction avec le reste du sac.

 

Montage du pack sous le sac.

 

Après 1914, Le modèle d’origine va connaître quelques modifications.

Havresack de fabrication entre 1914 et 1917 : sont visibles le pack carrier et les bretelle de fabrication simplifiée, la pochette à gamelle est rectangulaire. La couleur du havresack demeure verte.

 

Les bretelles sont désormais en toile de cotton (Web) en remplacement de la toile ourlée, celles-ci perdent leur forme en fuseau. Les boucles articulées sont abandonnées au proffit de boucles classiques.


Les cinq points de fixation des bretelles reçoivent tous des mousquetons. Sur l’ensemble des sangles, les embouts (pour les premières version) de forme rectangulaires, sont remplacés par des embouts de forme arrondis, plus faciles à faire passer dans les boucles.

Sac de fabrication 1918. Sont bien visible la couleur kaki, la forme de la pochette à gamelle, et les sangles.

 

 

La forme de la pochette à gamelle devient rectangulaire. En effet, afin que les couverts ne risquent plus de tinter à l’intérieur de la gamelle, la pochette intègre désormais sur les côtés deux logements cousus sur l’intérieur. Ils sont destinés à recevoir la fourchette et le couteau (deux étuis en cuir évitent aux couvert de percer la toile).

A partir de 1917, un troisième logement est mis en place à l’intérieur de la pochette à gamelle afin de recevoir la cuillère. Il est placé sur la paroi du fond, et la cuillère ne nécessite pas d’étui en cuir.


Le système de fixation de la pochette est entièrement revu. Deux sangles fixées sous le rabat, viennent sécuriser quatre boucles attachées au dos de la pochette à gamelle. Celle-ci passant à travers le rabat du sac par l'intermèdiaire de quatre fentes.

 

Méthode d’accrochage de la pochette à gamelle sur les fabrications post-1914.

 

Pochette à gamelle de fabrication 1918 montrant les 3 logements des couverts.

 

Le pack carrier est simplifié, il perd ses deux oreilles et les anneaux sont désormais cousus au bout d’une sangle. Les anneaux intermédiaires sont aussi supprimés.
La sangle de jonction en cuir n’est plus fixée à demeure rendant son remplacement plus aisé : elle possède une sangle en boucle passant dans une boutonnière et venant se prendre sur une patte.

 

"Pack carrier" de fabrication 1918 : à noter le système de maintien de la sangle désormais détachable.

 

En 1917, comme le reste des équipements, la couleur des équipements devient beige ou d’un "olive drab" beaucoup plus clair. Une grande variété de teinte pouvant se rencontrer suivant le fabricant.
A cette même époque, les mousquetons auparavant en laiton moulé sont désormais fabriqués en tôle de laiton emboutie.

Comparaison entre un mousqueton moulé et un mousqueton embouti.

 

Si les fabrications d'avant 1917 sont exclusivement assurées par les fabricants "RIA" (Rock Island Arsenal) et "Mills", avec l’entrée en guerre des Etats Unis, l’armée fait appel à un grand nombre d'autre fabricants, dont les marquages apparaissent souvent à l’intérieur du rabat.

Confronté aux conditions d’une guerre moderne, ce sac présente à la fois des défauts et des qualités sur ses homologues des armées etrangères.
La capacité du havresack va notamment apparaître limitée : Une paire de chaussure est rajoutée et la vie dans les tranchées loin des chariots d’accompagnements oblige à transporter plus de changes et de petits équipements nécessaires à la vie quotidienne.

Toutes les autres armées sont confrontées au même problème, mais dispose de musettes, sacs à pain,…augmentant la capacité d’emport. Quant au sac à dos français, les nombreuses sangles, de diverses longueurs, et les passants sur le sac permettent l’arrimage de matériel supplémentaire.


La résistance à l’humidité est réduite, et le contenu est rapidement trempé par mauvais temps.
Par contre, la légèreté du sac est un atout : Là où par exemple les Allemands devront compter sur des bricolages pour confectionner des paquetages d’assauts, le sac américain dépourvu de son "pack carrier" trouve naturellement sa place.

Seuls les Anglais, dotés de deux sacs à dos modulables en coton filé, peuvent aligner légèreté, praticité et capacité d’emport.
Souvent critiqué, le sac à dos M1910 demeure compétitif pour son époque, et les sacs de randonnée moderne sont plus en phase avec lui qu’avec un "As de carreau" Français.

C’est pourquoi le sac à peine revu en 1923, sera toujours en dotation durant la majeur partie de la 2e guerre mondiale. Seul le "Pack carrier" tombera vite en désuétude devant une mécanisation accrue.

Article : P. Moscato